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mercredi 4 novembre 2015

La nuit de feu (♥♥♥) écrit par Éric-Emmanuel Schmith - Éditions Albin Michel

Titre: La nuit de feu
Auteur: Éric-Emmanuel Schmitt
Genre: Autobiographique
Nombre de pages: 192
Date de sortie: 02/09/2015
Prix support papier: 16€00
Prix format numérique: 10€99
ISBN: 9782226318299
Editions: Albin Michel
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Synopsis:
À vingt-huit ans, Eric-Emmanuel Schmitt entreprend une randonnée dans le grand sud algérien. Au cours de l’expédition, il perd de vue ses compagnons et s’égare dans l’immensité du Hoggar. Sans eau ni vivres durant dans la nuit glaciale du désert, il n’éprouve nulle peur mais sent au contraire se soulever en lui une force brûlante. Poussière d’étoiles dans l’infini, le philosophe rationaliste voit s’ébranler toutes ses certitudes. Un sentiment de paix, de bonheur, d’éternité l’envahit. Ce feu, pourquoi ne pas le nommer Dieu ?
Cette nuit de feu – ainsi que Pascal nommait sa nuit mystique –, Eric Emmanuel Schmitt la raconte pour la première fois, dévoilant au fil d’un fascinant voyage intérieur son intimité spirituelle et l’expérience miraculeuse qui a transformé sa vie d’homme et d’écrivain. Les chemins qu’il trace ici sont inscrits en chacun de nous.

La nuit de feu - Eric-Emmanuel Schmitt

Mon avis:
Une lecture pleine de sens, profonde et divine.
À lire sans hésiter !

Ma notation:

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Informations:
Ce roman contient 16 chapitres et 1 épilogue

Mes ressentis:
Éric-Emmanuel Schmitt nous ouvre les portes d'une bien jolie histoire avec La nuit de feu. Il revient sur un pan de sa vie et partage avec nous les quelques jours qu'il a passés dans le Sahara, le moment de sa vie où il a découvert la foi, cet instant qui a changé sa vie.
Un récit touchant pour son authenticité, une plume absolument délicieuse qui a su me faire voyager dès les premières lignes, de très belles descriptions et des dialogues qui en disent long...
Il me plaît de plus en plus cet auteur, c'est un homme posé et réfléchi et cela se ressent dans ses écrits. Il a toujours de belles choses à nous raconter, de belles pensées à partager... Pas besoin d'ouvrir un de ses livres pour se faire une idée, il suffit juste de parcourir sa page Facebook pour comprendre quel genre de jolie personne il est. Je suis sous le charme de ce qu'il dégage, de son recul sur ce qui nous entoure et de sa sagesse. En un mot je suis admirative.
J'ai lu son livre avec avidité, j'ai aimé voyager dans le Sahara, faire la connaissance de certains personnages marquants qui m'ont touchée, et ce, juste grâce aux mots choisis par l'auteur pour les décrire. Je ne peux pas ne pas nommer Abayghur qui m'a complètement éblouie.
Quelle beauté ce livre, quel philosophe cet auteur, quel plaisir de le lire... Même si je ne partage pas toutes ses convictions, j'ai aimé me plonger dans cette lecture intimiste qui mène incontestablement à la réflexion.
En bref, une lecture courte mais très appréciable. J'aime de plus en plus découvrir Éric-Emmanuel Schmitt et son bel univers. Cet auteur me fascine, j'aime sa vision de la vie, j'apprécie que ses livres me mènent à réfléchir sur des sujets auxquels je ne m'étais pas forcément tournée. Un merveilleux récit autobiographique / philosophique, écrit d'une main de maître, bravo monsieur l'auteur !
Je vous invite vivement à lire La nuit de feu. Quant à moi, j'ai hâte d'être à ma prochaine lecture d'EES, sa plume me manque déjà !

Extrait:
1
Je crois que j’ai aimé Tamanrasset à l’instant même où la ville m’apparut derrière le hublot. Une fois que l’avion eut quitté Alger, nous avions survolé la lune, n’apercevant durant des kilomètres qu’un sol sec de sable, de caillasse et de roches où se gravait, tel un trait d’ongle dans la poussière, la piste rectiligne qu’empruntaient jeeps, camions et caravanes. Les arbres me manquaient déjà, les champs généreux, les rivières méandreuses. Supporterais-je une marche de deux semaines au Sahara ? J’appréhendais le dénuement, l’espace fossile, l’air privé de pollen, la nature qui ignore les saisons. Était-ce parce que je la toisais du ciel, je jugeais cette terre pauvre. De temps en temps, une oasis surgissait, touffe verte où s’emmêlaient palmiers, figuiers et dattiers autour d’un monticule ; ému, je chuchotais alors « Tamanrasset », mais mon voisin me corrigeait : il s’agissait de Ghardaïa, ou d’El-Goléa la citadelle aux cent fruits, ou encore d’In Salah. Puis, de nouveau, la monotonie prenait possession des contrées immobiles…
                 Après une demi-journée de trajet, Tamanrasset s’était enfin montrée, annoncée par la voix du pilote. La douceur du site m’avait surpris : la cité reposait dans une enclave ; deux bras de granit, pliés, arrondis, la présentaient tout en la protégeant. Entre les escarpements, des baraques minuscules, cubiques, en argile safranée, me rappelèrent les maquettes de mon enfance, celles que je bricolais pour garnir le décor où se faufilait mon train électrique.
                 Sitôt que je mis un pied hors de la carlingue, l’haleine de ce territoire m’enlaça, caressa mes oreilles, frôla mes lèvres et j’eus la certitude que, par cet effleurement, le désert m’offrait une accolade de bienvenue.
                 Nous entreposâmes nos bagages à l’hôtel ; heureusement qu’une pancarte mal clouée annonçait sa fonction puisque rien ne distinguait l’édifice de ses voisins, sinon, dans le hall, un comptoir prétentieux en bois jaune.
                 Là nous attendait Moussa, le Touareg avec lequel nous avions échangé des messages au cours du mois précédent. Par fax et téléphone, l’indigène nous avait livré les renseignements dont nous avions besoin pour l’écriture de notre scénario. Grand, étroit, frêle, couvert de coton noir, le teint acajou, Moussa nous adressa le sourire franc et joyeux qu’on réserve d’ordinaire aux intimes et nous invita à dîner chez lui.
L’hospitalité m’a toujours déconcerté car j’ai grandi à Lyon, une métropole frileuse, recroquevillée, où l’on ne reçoit un camarade qu’après des mois – voire des années – d’examens scrupuleux. L’introduire en son foyer consiste à lui décerner un diplôme signifiant « fréquentable ». Dépourvu d’informations, Moussa, lui, s’enchantait de nous accueillir et nous ouvrait spontanément sa porte, d’autant plus spontanément que sa maison n’en comportait pas.
                 Nichée au milieu d’une ruelle où les bâtisses se ressemblaient autant que les alvéoles d’une ruche, cette basse demeure de glaise ne proposait que deux pièces exiguës, la cuisine et la salle commune. Je ne vis pas le réduit, occulté par un rideau en coton, où l’épouse et les filles de Moussa préparaient le repas ; en revanche je passai la soirée dans la cellule vide, d’une propreté rigoureuse qui se transformait chaque nuit en chambre pour la famille au complet. En contraste avec l’austère absence de meubles, de bibelots ou d’images, le couscous m’apparut fastueux, coloré, ses viandes et ses légumes posés tels des bijoux sur un coussin de semoule. Quant au thé à la menthe, il me fit davantage d’effet qu’un grand cru : sucré, musqué, épicé, il déployait en ma bouche une farandole de goûts, tantôt exotiques, tantôt familiers, tantôt envahissants, au point d’en avoir la tête qui chavire.
                 Au-dehors la nuit était tombée brusquement et, avec elle, la température. Durant vingt minutes, le ciel du crépuscule avait modifié sa pourpre en un souffle qui rafraîchissait la plaine sans herbes ni buissons, puis l’ombre avait gagné, définitive, étouffant même le vent.
                 À la lueur d’une flamme qui, issue d’une lampe à huile, dispensait sur nos visages une lumière dorée quasi liquide, la conversation coulait, aisée. Assis à même le sol, Gérard, le metteur en scène du film, et moi, son scénariste, multipliions les questions à notre hôte, lequel nous répondait de sa voix langoureuse au timbre fruité. Plus encore que ses paroles, les mains du Touareg me fascinaient, effilées, enchâssant dans une paume émaciée des doigts délicats comme des pattes d’araignées ; elles se tournaient régulièrement vers nous, prodiguant la nourriture et les éclaircissements. J’eus d’emblée confiance en ces mains étrangères.
                 Nous évoquions la vie des Touareg… Même s’il possédait une habitation à Tamanrasset, Moussa demeurait un nomade qui parcourait le désert neuf mois par an. Son logement n’était constitué que d’une tente maçonnée qui alternait avec sa tente de toile, raison pour laquelle ses biens – vêtements, casseroles, vaisselle – tenaient dans quelques sacs promptement noués que lui et les siens emportaient. Nul besoin de sièges, de lits, de coffres, de portes, de serrures, de clés…
                 – Où cachez-vous votre téléphone, Moussa ? Votre fax ?
                 Ravi, il m’expliqua que son beau-frère dirigeait une agence de voyages à dix kilomètres, et qu’il s’y était rendu maintes fois. Selon lui, à l’évidence, un téléphone et un fax suffisaient aux besoins de la région ; il se rengorgeait que son parent détînt cette technique moderne. Après s’être appesanti sur la réussite familiale, il nous décrivit les paysages que nous allions traverser.
                 – Bioutifoul !
Il  n’usait que de ce mot :
                 – Bioutifoul !
                 À l’entendre, nous pénétrerions des lieux bioutifoul ! Et d’autres bioutifoul. Si le vocabulaire manquait de variété, les regards dont il accompagnait ses exclamations fournissaient un commentaire : là ce serait joli, là ce serait majestueux, là ce serait terrorisant, là ce serait harmonieux. Par ses mimiques, il colorait ses bioutifoul comme un grand peintre.
                 L’intérêt que nous portions à la fabuleuse culture targuie semblait normal à Moussa, son ambassadeur ; en retour, il ne nous interrogeait jamais sur nous, notre pays ou nos coutumes. Je décelai ce que me confirmerait notre voyage : au désert, on ne se soucie pas du reste puisqu’on occupe le centre du monde !
                 À vingt-deux heures, nous nous séparâmes de Moussa en lui rendant autant de thank you qu’il nous avait gratifiés de bioutifoul.
                 – Rappelez-moi comment s’appelle l’hôtel ? demanda Gérard pour plus de sûreté.
                 – Hôtel.
                 – Pardon ?
                 – C’est l’hôtel Hôtel, expliqua Moussa en riant. Jusqu’à peu, il n’y avait que lui… Maintenant le gouvernement a construit l’hôtel Tahat, mais ça ne remplacera pas l’hôtel Hôtel !
                 Une nuit sereine baignait la ville, sans rapport avec l’obscurité préalable, celle qui avait suivi le crépuscule. Comme si le site s’y était habitué…
                 Le long des grêles tamaris, je remarquai qu’en bas, certains bâtiments disposaient de l’électricité. Après la limpide suavité d’une soirée passée autour d’une lampe à huile, le néon verdâtre, producteur d’une lumière sale et de ténèbres laides, loin de marquer un progrès, me parut une verrue… Sa phosphorescence m’importunait. Comment peut-on tant éblouir et éclairer si peu ?
                 Je titubais à chaque pas… Le thé, la conversation, l’atmosphère – que sais-je ? – m’avaient enivré… À moins que le voyage m’eût terrassé… ou que le dépaysement m’eût brisé… Dix fois, je dus me retenir à un muret. Mes chevilles se tordaient. D’incompréhensibles apnées m’ankylosaient.
                 – Tu vas bien ?
                 Gérard, l’œil en biais, s’inquiétait.
                 Penaud, j’utilisai mon ultime énergie à masquer mon trouble.
                 – Très bien.
Même si j’avais brandi ces mots pour barrer sa curiosité, je ne mentais pas. Quoique mon déséquilibre eût l’apparence du malaise, je me sentais à l’aise, flegmatique, plus détendu qu’à Paris où nous courions le matin même. Ma défaillance exprimait une vision confuse, l’intuition d’avoir rejoint une contrée essentielle, un pays qui m’attendait… Ou que j’attendais…
                 – Bonsoir.
                 – À demain.
                 – Sept heures et demie dans le hall, Éric, n’oublie pas.
                 – Je règle mon réveil !
                 À l’hôtel, juste avant de gagner ma chambre, je levai le front en traversant le patio.
                 Le ciel s’abattit sur ma tête. Les étoiles ruisselaient, proches, palpitantes, vivantes, à portée de main. L’infini me souriait. En une seconde, je flairai que j’avais rendez-vous avec l’exceptionnel.
                 Hélas, je trébuchai de fatigue et baissai les yeux. Trop tard ! Pas la force… Buté, je m’en tenais à mon plan : dormir.
                 En entrant dans la douche, je dérangeai six cafards qui, indignés, s’éparpillèrent sur la surface grumeleuse des carreaux. Une odeur de pieds et de crotte déferlait des tuyaux. Je reculai en me bouchant le nez. Séjourner là allait m’encrasser, pas me nettoyer ! Après tout, étais-je si sale ? Et puisque je couchais seul…
                 Quoique maniaque de l’hygiène, sans avoir touché aux robinets, j’enfilai une autre chemise, laquelle, exhalant un parfum de lavande, me prodigua l’illusion de la propreté ; puis je m’écroulai sur le lit – un mince matelas en mousse jeté à même le sommier en ciment –, sans prêter attention aux parois barbouillées de moustiques écrasés.
                 Je sombrai, impatient non pas de quitter ce monde, mais de le retrouver au plus vite.
                 À l’évidence, je n’avais pas débarqué dans un pays inconnu, j’avais atterri dans une promesse.

L'auteur nous parle de son livre:

Parlons de l'auteur:
Eric-Emmanuel Schmitt
Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste, traduit en 50 langues et joué dans autant de pays, Eric-Emmanuel Schmitt est un des auteurs les plus lus et les plus représentés dans le monde. Il a été récompensé par l'Académie Française en juillet 2001 avec le Grand Prix du théâtre, pour l'ensemble de son oeuvre. En 2009, Ulysse from Bagdad lui a valu le Prix des grands espaces littéraires. En 2010, il a obtenu le prix Goncourt de la nouvelle pour son recueil Concerto à la mémoire d'un ange.
Son roman La Femme au miroir lui a valu en 2011 le prix du roman historique, Prix Agrippa d'Aubigné.
Eric-Emmanuel Schmitt est membre de L'Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique où il occupe le fauteuil 33 qui fut celui d'Hubert Nyssen, et qu'ont occupé Colette et Cocteau.

Bibliographie:
♦La nuit de feu
♦La Secte des Egoïstes
♦L'Evangile selon Pilate
♦La Part de l'autre
♦Lorsque j'étais une oeuvre d'art
Ulysse from Bagdad ← Ma chronique
♦La femme au miroir
♦Les Perroquets de la place d'Arezzo
♦L'élixir d'amour
♦Milarepa
♦M. Ibrahim et les fleurs du Coran
♦Oscar et la dame rose
♦L'enfant de Noé
♦Le sumo qui ne pouvait pas grossir
♦Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus
♦Odette Toulemonde et autres histoires
♦La rêveuse d'Ostende
♦Concerto à  la mémoire d'un ange
♦Les deux messieurs de Bruxelles
♦Diderot ou la philosophie de la séduction
♦Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent
♦Ma Vie avec Mozart
♦Les aventures de Poussin 1er

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