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mardi 16 février 2016

Mamie cherche les embrouilles (♥♥) écrit par Mario Giordano - City Éditions

Titre: Mamie cherche les embrouilles
Auteur: Mario Giordano
Genre: Policier
Nombre de pages: 320
Date de sortie: 03/02/2016
Prix support papier: 19€00
Prix format numérique: 14€99
ISBN: 978-2-8246-0700-9
Editions: City Éditions
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Synopsis:
A tout juste 60 ans, mamie Poldi est fatiguée : tout ce qu’elle veut, c’est aller quelque part au soleil pour terminer sa vie. Donc, direction la Sicile, la terre natale de Peppe, son défunt mari. Là, le soleil brille, la nourriture et les vins sont délicieux et sa belle-famille respire la joie de vivre. Difficile de se résigner à mourir… Quand Valentino son jeune jardinier est assassiné, Mamie Poldi décide de démasquer le meurtrier. Elle se lance dans une folle enquête où elle croise des membres de la Mafia, l’excentrique descendante d’une famille d’aristocrates français et une foule de personnages plus ou moins recommandables… Et, malgré les intimidations, pas question de renoncer. Même quand le beau commissaire Montana se montre très contrarié de la voir fourrer son nez partout où elle ne devrait pas…

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Mon avis:
Je remercie City Éditions pour cette lecture ainsi que l'agence LP Conseils pour leur confiance.

Ma notation:

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Informations:
Ce roman contient 15 chapitres

Mes ressentis:
Déception pour ce roman policier qui, à la lecture de la quatrième de couverture, me promettait pourtant quelques heures bien agréables.
Depuis un moment, les "vieux" sont à la mode dans les rayons de chez nos libraires. On trouve de tout : des livres humoristiques, des romans touchants, des histoires marquantes, des enquêtes policières déjantées, bref... il y en a pour tous et généralement ça fonctionne plutôt bien.
Dans le genre policier, nous avons par exemple l'une des auteures belges que l'on ne présente plus aujourd'hui : Nadine Monfils. Si vous aimez ses romans, Mamie cherche les embrouilles vous plaira forcément. Même style, même genre de personnages, mais avec un humour bien en dessous. Difficile d'égaler l'humour belge... en tout cas, j'ai été moins sensible aux fantaisies de l'auteur allemand Mario Giordano.
L'histoire est assez simple, nous suivons Poldi, une mamie complètement déjantée de seulement 60 ans, qui raconte ses aventures en Sicile à son neveu qui n'est autre que le narrateur. Elle lui explique comment elle a mené son enquête afin de découvrir la vérité sur le meurtre de Valentino, son jardinier. L'intrigue est assez simple, elle fonctionne et pourtant n'est pas des plus recherchées.
Je vais être honnête, je préfère de loin les thrillers aux romans policiers, mais celui-ci me tentait bien pour son côté accessible grâce à son personnage principal. Je m'attendais à trouver dans ce livre une bonne dose d'humour, une mamie attachante et attendrissante, une bonne intrigue et beaucoup de légèreté. Au final, je me suis ennuyée, j'ai trouvé que l'ensemble manquait de rythme et de rebondissements. Certes, Poldi est attachante et on aime la suivre et découvrir ses aventures en même temps que son neveu, mais ça ne suffit pas ! Je n'ai pas trouvé la légèreté ni la dose d'humour que j'attendais et l'ensemble ne m'a malheureusement pas convaincue.
En un mot et j'insiste sur ce mot, je me suis ennuyée. Mamie cherche les embrouilles est attirant, on s'attend à une vraie bonne lecture, mais malheureusement, ce roman policier ne tient pas ses promesses. Je ne garderai pas cette histoire bien longtemps dans ma mémoire, en revanche, je me souviendrai encore longtemps de Poldi, qui elle, est un rayon de soleil dans le paysage sicilien qui au passage n'est pas assez détaillé par l'auteur.
Dommage !

Extrait:
Où il est expliqué pourquoi et comment ma tantearrive en Sicile et ce qu’en pensent ses belles-sœurs.
Sans perruque ni alcool, rien à en tirer. Poldi organise un repas dominical, elle présente à son neveu une offre qu’il ne peut refuser et elle fait connaissance avec ses voisins de la via Baronessa. Très vite, cependant, quelqu’un manque à l’appel. Pour ses soixante ans, ma tante Poldi avait décidé de
déménager en Sicile, dans l’idée de s’y soûler consciencieusement jusqu’à la mort en regardant la mer. C’est en tout cas ce que nous craignions, mais évidemment ce ne fut pas si simple. En Sicile, tout est compliqué, même mourir ; il faut toujours que quelque chose vienne contrecarrer vos plans. Ensuite, tout est allé très vite, quelqu’un s’est fait assassiner, mais évidemment, personne ne savait rien, personne n’avait rien vu. En bonne Bavaroise entêtée, ma tante ne pouvait pas ne pas s’en mêler. C’est là que les problèmes ont commencé. Ma tante Poldi. Tout un poème. Ça, elle ne passait pas inaperçue avec son penchant pour le glamour. Si elle s’était un peu arrondie, ces dernières années, et malgré les quelques rides que lui avaient creusées, il faut bien l’avouer, l’alcool et la morosité, elle n’en demeurait pas moins éblouissante, et elle avait encore toute sa tête, du moins la plupart du temps. Poldi vivait avec son temps. À la sortie de Music, de Madonna, elle avait été la première de la Westermühlstrasse à adopter le port du chapeau de cow-boy blanc. Dans mes plus anciens souvenirs, je la revois dans un pantalon orange pétant, une bière dans une main, une Roth-Händle dans l’autre, en compagnie de mon oncle Peppe, sur la terrasse chez mes parents, à Neufarhn. Le monde tremblait autour d’elle à chacun de ses rires qui la secouaient tout entière et
 elle semblait avoir une réserve inépuisable. Ces éclats ne se tarissaient que pour céder la place à des histoires cochonnes et des jurons qui faisaient de moi la star de la cour de récréation le lendemain à l’école. Isolde et Giuseppe s’étaient rencontrés à la télévision munichoise, où ma tante travaillait comme costumière et mon oncle comme tailleur, métier qu’il avait embrassé parce qu’il ne savait pas quoi faire d’autre ; il avait succédé à son autoritaire et atrabilaire de père, mon grand-père, guère plus doté de talents et d’imagination, contrairement à mon arrière-grand-père Barnaba, lequel avait, sans connaître le moindre mot d’allemand, émigré à Munich dans les années 1920 pour y faire fortune dans le commerce de gros de fruits méditerranéens. Mais je digresse. Entre Poldi et mon oncle, ce fut le coup de foudre. Par la suite, tout ne s’est malheureusement pas très bien passé. Après deux fausses couches, l’alcool, les aventures de mon oncle, le divorce, la maladie de mon oncle, la mort de mon oncle, l’histoire du terrain en Tanzanie et quelques autres fâcheux désagréments, les aléas de la vie ont fini par affecter ma tante. Cela ne l’a toutefois pas empêchée de continuer à rire, aimer et boire beaucoup ni de donner son avis dès qu’une chose ne lui plaisait pas. Autrement dit, tout le temps. Longtemps, Poldi a adoré son métier de costumière. Néanmoins, les dernières années, il arrivait de plus en plus souvent qu’on lui préfère ses collègues plus jeunes. Cela marchait moins bien à la télévision, les temps étaient plus durs, alors, doucement, ma tante a perdu goût à son travail.
Ce funeste achat jadis en Tanzanie avait bêtement grignoté ses économies. Comme ses parents étaient ensuite décédés peu de temps l’un après l’autre, elle avait toutefois hérité d’une petite maison dans la banlieue d’Augsbourg. Or Poldi ne l’avait jamais beaucoup appréciée, pas plus que ce qui s’y rapportait. Alors, autant consacrer le restant de son épargne et sa petite retraite à la réalisation de son vœu le plus cher : mourir avec vue sur la mer. Et en famille. Compte tenu de sa tendance à la déprime, la famille en Sicile redoutait évidemment qu’elle veuille précipiter sa mort par la boisson. Il lui tenait donc à cœur de tout mettre en œuvre pour éviter cela. Quand je parle de famille, je veux dire mes trois tantes, Teresa, Caterina et Luisa, et mon oncle Martino, le mari de Teresa. Tante Teresa tenta de convaincre Poldi, car c’est elle qui commande chez nous, de les rejoindre à Catane, afin de pouvoir mieux la surveiller.
‒ Mais enfin, Poldi, que ferais-tu toute seule ? se lamentait-elle. Viens donc par chez nous, tu trouveras toujours quelqu’un pour bavarder, jouer aux cartes et tu pourras te rendre partout à pied. Le théâtre, les cinémas, le supermarché, l’hôpital… Tout est à deux pas ou presque, et on a même quelques beaux policiers dans le quartier.
En vain. La vue sur la mer, tel était l’objectif convenu entre Poldi et son spleen ; c’est donc ce qu’elle s’offrit, avec même un panorama époustouflant depuis son toit-terrasse. Devant, la mer, et derrière – on se retourne, s’il vous plaît –, l’Etna. Que pouvait-on rêver de mieux ?
Le seul hic, c’est qu’à cause de son mauvais genou, Poldi parvenait à peine à gravir l’escalier jusque-là. Torre Archirafi est un joli petit village niché entre Catane et Taormine, sur la côte est de la Sicile, dont le littoral composé de kilomètres de roche volcanique escarpée ne se prête ni à l’exploitation touristique, ni à la gentrification, ni à aucune autre forme de défiguration. Du moins pourrait-on
le penser. En réalité, cela n’empêche pas les gens du coin d’y jeter leurs ordures, de se compliquer mutuellement la vie et d’y entasser, l’été, d’horribles pontons en bois et buvettes où, le week-end, se pressent des familles entières et des bandes de jeunes de Catane pour se faire bronzer, manger, lire le journal, se quereller, manger, écouter la radio, grignoter et flirter, tout cela dans un concert incessant
de basses non identifiables noyées dans une brume d’huile de coco, de graillon et de fatalisme. Et au milieu : ma tante Poldi. Je n’ai jamais compris pourquoi elle adorait cela.
L’hiver, en revanche, il fait froid et humide à Torre, une mer de plomb s’abat avec véhémence sur les digues établies devant le village, comme si les lames cherchaient à l’emporter malgré tout, tandis que l’air chargé d’embruns noircit les plafonds de moisissures. Inutile de compter sur la climatisation ou le chauffage. Dès la première année de son installation via Baronessa, ma tante Poldi dut refaire entièrement blanchir sa maison en avril. L’hiver n’est pas drôle à Torre, mais il est court.
Pour faire ses courses, soit on se rend dans la ville voisine de Riposto, soit carrément au megamercato
HiperSimply, où on trouve tout. À Torre même, il ne reste plus que le petit tabacchi du signor Bussacca pour dépanner, le bar pasticceria Cocuzza tenu par la signora triste, ainsi qu’un restaurant que même les chats évitent. Cependant, Torre Archirafi possède une source d’eau minérale et, bien que l’embouteillage, près du port, soit fermé depuis les années 1970, l’Aqua di Torre demeure une référence pour mes tantes. Sur un des murs de l’ancienne usine s’aligne une rangée de robinets en laiton auxquels les habitants peuvent venir s’approvisionner librement.
‒ Et elle est bonne ? m’enquis-je par politesse, la première fois que Poldi me parla avec enthousiasme de cette manne providentielle.
‒ Infecte, oui ! Mais on se laisse gagner par le chauvinisme local.
Quatre bonnes semaines durant, mon oncle Martino, qui connaissait la Sicile comme sa poche grâce à son métier, par ailleurs lucratif, de représentant en chambres et armoires fortes auprès des banques, avait battu la campagne entre Syracuse et Taormine à la recherche d’une maison pour Poldi. Ses belles-sœurs avaient tout de même réussi à la persuader de s’en tenir à un rayon d’une heure de voiture de Catane. Néanmoins, aucune maison ne satisfaisait tous les désirs de ma tante. Elle trouvait toujours quelque chose à redire ou à tourner en ridicule. En gros, seul comptait un critère assez ésotérique.
‒ C’est simple, tu sais, me glissa un jour ma tante à voix basse, je le sens tout de suite. Il y a des lieux qui émettent de bonnes vibrations, et d’autres, des mauvaises.
Il n’y a pas d’entre-deux, crois-moi. C’est numérique, en fait. La chance a une structure binaire.
‒ Une quoi ?
‒ Cesse de m’interrompre. Je sens instantanément si un endroit est bon ou mauvais. Que ce soit une ville, une maison, un appartement, peu importe ! Je le sens tout de suite. L’énergie. Le karma. Si la glace tiendra. Tu comprends ? Je le sens illico.
Or justement, dans les maisons que mes tantes lui suggéraient, elle ne le sentait pas. Jamais la glace ne tenait. Cela finit par pousser à bout même mon oncle Martino, c’est dire, car il est homme à passer des heures au volant sans mollir, à refuser par principe de mettre la clim en route ou de s’arrêter boire ne serait-ce qu’une gorgée d’eau même en plein mois d’août ; en revanche, il fume comme il respire.
Je me souviens des excursions qui m’étaient imposées en sa compagnie, pendant les vacances d’été, lorsque les coups de soleil attrapés à mon arrivée m’empêchaient d’aller à la plage. Excursions, tu parles ! Des douze heures de voiture dans l’Enfer de Dante, à bourlinguer sans eau ni clim, à bord d’une Fiat Regata enfumée par des températures de verre en fusion. Lorsque je baissais ma vitre, le sirocco me carbonisait et me ponçait le visage ; du coup, je préférais respirer la fumée de cigarette.
Martino n’arrêtait pas de me bassiner avec l’histoire de la Sicile : terre des meilleures pistaches, avec l’amiral Nelson et les sœurs Brontë, la vie au Moyen Âge, Frédéric II de Sicile, le marché de la Vucciria à Palerme, la pêche au thon et la surexploitation des chalutiers japonais ou encore les
mosaïques de la cathédrale de Monreale. Il commentait les retransmissions en direct des assemblées parlementaires italiennes sur Radio Radicale, il pontifiait sur les Cyclopes, les Grecs, les Normands, les Arabes, le général Patton, Lucky Luciano et les foulards jaunes.
Sur l’unique origine pensable du granité. Sur les anges, les démons, la trinacria, la vérité sur Kafka et le communisme, sans oublier le rapport entre la taille et la délinquance au sein de la gent masculine sicilienne. Règle d’or : plus un homme est petit, plus il est dangereux et probablement mafioso. Cela ne le dérangeait guère que je ne comprenne rien ou presque. Mon italien était minable. Hormis quelques gros mots utiles, che schifo, allucinante, birra, con panna, boh, beh et mah, autrement dit le vocabulaire du jeune à la plage, je n’en parlais pas un mot. Mon oncle n’en avait rien à cirer, même s’il m’arrivait parfois de ne plus avoir la force de donner signe de vie. Il continuait de conduire, de radoter, de fumer, toujours plus frais et rajeuni au fil des heures, telle une sorte de Dorian
Gray sicilien. À de rares moments, lorsqu’il se taisait pour s’allumer une nouvelle MS, il susurrait le nom de sa femme. « Teresa ! » Comme ça, de but en blanc. Comme si elle se trouvait à proximité, dans le coffre ou sous le siège arrière, et qu’il eût quelque chose d’important à lui dire. « Teresa ! » Il ne fallait pas répondre à ces étranges déclarations d’amour, que ma tante, m’assura-t-elle un jour, percevait chaque fois, aussi loin qu’il se trouvât. Çà et là, nous faisions halte dans un trou perdu, devant une banque de province, et enfin je pouvais savourer un cola tandis que mon oncle partageait un caffè avec le directeur de l’agence, concluait une affaire, redressait à merveille une poignée tordue sur une armoire forte. Il avait ses combines, mon oncle Martino ; comme pour la chasse aux champignons, d’ailleurs. Au passage, il en profitait pour me montrer d’occultes fresques de Templiers dans des églises romanes octogonales, des passages secrets dans la fraîcheur des châteaux arabo-normands, des stucs grivois dans des palais baroques. Bref, tout ce qu’il avait découvert à force
de sillonner l’île. Personne ne connaît mieux la Sicile que mon oncle Martino ; pourtant, trouver une maison pour Poldi mettait son expérience, ses connaissances, voire toute sa sagesse à rude épreuve.
‒ Au début, me confia-t-il, ma tactique consistait à la pousser à bout pour l’amener à se décider à prendre une maison près de chez nous. Chaleur, route, frustration… La parfaite tactique d’épuisement. Mais ta tante est inébranlable ; c’est une femme à toute épreuve ; elle est blindée.
Elle se plaint, elle peste, la sueur lui coule sous la perruque comme d’un tonneau mal calfeutré, mais jamais elle ne cède.
Elle est obstinée. Par la Sainte Vierge ! J’ai tout essayé.
‒ Comment avez-vous fini par trouver, alors ?
‒ Par hasard.
Il se tut, fuma, fuma encore, toujours sans un mot. Je patientai. Ma tactique d’épuisement à moi. Cela fonctionnait toujours avec lui, car il mourait d’envie de parler ; c’est plus fort que lui, il n’arrête jamais.
‒ Beh ! Écoute bien. Le dernier après-midi, après
cinq visites, j’étais au bord du désespoir, j’en perdais mon latin, il me fallait absolument un caffè. Alors, au premier carrefour, je quitte la provinciale.
‒ En direction de Torre Archirafi.
‒ Comme je disais : le hasard. Il n’y avait aucune maison sur notre liste. On prenait juste un café au petit bar, tu sais, celui avec la signora toute triste à la caisse.
Et puis, j’engage la conversation avec un monsieur. Du coup, voilà Poldi qui se tortille sur sa chaise parce qu’elle veut reprendre la route. Mais je ne me laisse pas faire, j’ai besoin d’une pause ; alors, je reprends un café et je continue de bavarder avec le gentil monsieur. Mais Poldi, qui ne tient plus en place, quitte brusquement le bar… et disparaît.
‒ Elle disparaît ? Comment ça ?
‒ Sainte Vierge, c’est une image ! Elle ne revient plus, c’est tout. Alors, au bout d’un moment, je pars à sa recherche parce que je commence à m’inquiéter. Il écrase sa cigarette, secoue son paquet pour en sortir une nouvelle, l’allume.
‒ Mais tu ne la trouves nulle part, lui tendis-je la perche.
‒ Évaporée dans les airs. Alors, j’arrête le prêtre que je croise et la lui décris. Aussitôt, avec enthousiasme, il me dit qu’il voit très bien. Ah ! la gentille signora Poldina de
Monaco di Baviera. Mon nom aussi lui est déjà familier, de même que tous ceux de la famille ; il est au courant de nos recherches immobilières. D’ailleurs, il m’indique une vieille maison de pêcheur au milieu de la ruelle. Et que vois-je ? Une ruine totalement écroulée, que des chats, des lézards, des genêts et des fantômes. Pourtant, en m’avançant, j’aperçois Poldi déjà tout excitée arpenter les vieux murs en pierre de lave. Elle se balance sur ses pieds, trépigne. À ma vue, elle s’écrie : « La glace tient ! Ça y est ! C’est la bonne ! As-tu vu le nom de la rue ? Que de bonnes ondes, de l’énergie positive en barres ! » Selon ses propres mots. « C’est ma maison », qu’elle n’arrête pas de crier. Impossible de la contredire, tu la connais.
‒ La maison était à vendre ?
‒ Tu plaisantes ? Tu ne m’as pas écouté ?
Mon oncle joint les mains en prière et les secoue vivement devant sa poitrine.
‒ Une ru-i-ne ! Néanmoins, il restait un antique panneau Vendesi collé sur la façade, avec un numéro de téléphone. Le propriétaire n’en croyait pas ses oreilles quand Poldi a appelé. Tu connais la suite. Si tu veux mon avis, elle l’a payée trop cher ; elle aurait mieux fait de t’installer une salle de bain correcte, là-haut. J’ignore si ma tante Poldi a acheté trop cher sa maison de la via Baronessa, et, à dire vrai, je m’en fiche royalement. On n’arnaque pas les gens généreux. Et ma tante Poldi est la générosité incarnée. Elle a toujours tout payé sans jamais rien discuter. Elle s’est montrée large avec tous ceux qui l’ont aidée, les ouvriers, le spazzino et Valentino, sans jamais oublier de laisser un large pourboire au restaurant ; non que ce fût dans ses habitudes de jeter l’argent par les fenêtres, elle n’en avait pas les moyens, mais l’argent ne comptait pas tant à ses yeux. En tout cas, cette maison était exactement ce qu’il lui fallait. C’est aussi ce qu’en a pensé mon cousin Ciro ; il est bien placé pour le savoir puisqu’il est architecte. Tout au long de l’année qui a suivi, il a restauré, puis aménagé la maison de la via Baronessa selon les vœux et les moyens de Poldi. 

Parlons de l'auteur:
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Né en Allemagne, Mario Giordano a étudié la philosophie et la psychologie. Auteur de romans, il est aussi scénariste pour le cinéma et la télévision. Il a reçu plusieurs prix prestigieux.

Bibliographie:
♦Mamie cherche les embrouilles (2016)

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